Securite Rapprochee Film Critique Essays

Publiée le 10/03/2015

Bon, ben j’ai été déçu de ce Sécurité rapprochée, qui a une histoire intéressante mais qui est tout de même plein d’aspérités gênantes. Le casting est a priori très intéressant, mais finalement pas complétement exploité. Un acteur comme Robert Patrick se contente finalement d’une apparition, on case quelques acteurs comme Liam Cunningham qui eux aussi font de la figuration, tandis que Brendan Gleeson s’amuse l’espace de dix minutes en tout dans le film. Non clairement beaucoup de noms pour un film qui en vérité se concentre quasi exclusivement sur son duo principal. Si Ryan Reynolds s’en tire bien, et livre une prestation dynamique et pleine de conviction, en revanche Denzel Washington campe un personnage un peu trop surréaliste avec un côté apathique. Washington d’habitude très juste peine ici à vraiment emballer avec son rôle ambigu, et il déçoit tout de même par rapport à ce qu’il sait faire. Le scénario est sympathique. Il est doté de bonnes idées, même si l’ensemble ne surprendra pas les amateurs de thriller politique ou de films d’espionnage. Il cherche une certaine authenticité, et se montre volontiers anti-conformiste avec des personnages rugueux, des pointes de violence peu consensuelles, ce qui donne à ce Sécurité rapprochée une tonalité moins lisse que ne le sont habituellement ce genre de film. Après je note un rythme pas toujours au top et des incohérences (notamment à la fin, le semi-mourant qui courre comme un lapin !). Visuellement le point noir c’est la photographie. Elle est absolument atroce ! Alors à la limite je peux pardonner le travail singulier sur les couleurs, même si on se l’explique mal ici. Après tout un film comme Suspiria lache les chevaux à ce niveaux et s’en porte bien. Non, le souci c’est le travail sur les contrastes, absolument calamiteux. Encore que même au niveau des couleurs ça part dans tous les sens, il n’y a aucune logique, et les scènes « écrasées par le soleil » sont d’une laideur à vomir. Non, je suis sincère. Alors après la mise en scène d’Espinosa essaye de faire des efforts, notamment en collant à l’action, aux personnages, avec un côté « organique », vivant, dans un style qui est bien à la mode en ce moment, mais enfin, dur de compenser. Surtout que les décors sont loin de réjouir eux aussi. J’ai parfois eu le sentiment que ce film manquait sévèrement de budget avec un max de scènes en intérieur, et dans des intérieurs qui ne font pas forte impression. Quelques scènes d’action sympa rehausse le niveau, en revanche la bande son ne retient pas l’attention. Bon, au final Sécurité rapprochée peine à convaincre. Malgré un Ryan Reynolds en forme, malgré une histoire intéressante, malgré un anti-conformisme plaisant, et malgré une mise en scène qui ne passe pas à côté (heureusement), ce film n’est pas à la hauteur des attentes. Il y a des ratages grossiers, qui l’handicape sensiblement. 2.

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Un temps placé en quatrième position de la fameuse « liste noire » de 2010, à savoir les meilleurs scénarios de l’année non produits (avec notamment Argo et Stoker qui sont finalement réalisés par Ben Affleck et Park Chan-wook), Sécurité rapprochée est à la fois un des rares films s’intéressant directement au concept de « planque », d’où le Safe House du titre original, et le premier essai américain du suédois Daniel Espinosa qui nous avait plutôt surpris avec son ambitieux Easy Money, film de gangster classique à la mise en scène très classieuse de par son passif de photographe. Sécurité rapprochée c’est le grand bain et le saut dans le vide en même temps. Un scénario qui a beaucoup tourné et sur lesquels sont braqués les projecteurs, un très gros casting, un genre tellement balisé qu’il peut rendre n’importe quelle bonne idée en artifice clinquant dans un océan de déjà vu, un pari donc. Et on peut dire que Daniel Espinosa n’a pas baissé son froc et signe un thriller d’action-espionnage de haut vol qui ne révolutionne rien du tout mais s’impose par son efficacité et sa forme des plus appliquées.

Sécurité rapprochée plonge rapidement le spectateur dans le bain de ce que sera la totalité du film, à savoir une succession quasi ininterrompue de plages de rythme diamétralement opposées avec des séquences d’action toutes plus efficaces les unes que les autres et ponctuées de visions beaucoup plus intimes comme des respirations dans un thriller qui va à 200 à l’heure. Seule ombre au tableau, il est signé d’un jeune réalisateur qui n’a pas encore l’audace (ou tout simplement la possibilité au sein d’un studio) de pousser les choses trop loin et doit se contenter d’assurer dans son chemin tout tracé. Qu’importe, Sécurité rapprochée renoue avec une certaine idée de la série B d’action qui échoue aujourd’hui généralement en direct-to-DVD, sans doute sauvé par son casting 5 étoiles. Avec un scénario ultra basique – un rookie de la CIA doit assurer le contrôle d’un ancien de l’agence, ils sont attaqués, il va beaucoup apprendre sur sa propre maison – on a l’heureuse sensation de replonger dans ces productions généreuses dans années 90, où on se foutait un peu de la cohérence du récit ou de la construction des personnages avec pour seule ambition un divertissement de qualité. Et avec Sécurité rapprochée il faut bien avouer que le public en a pour son argent quand il va voir le film, il correspond tout à fait au produit vendu. Bien entendu on aurait aimé être un peu surpris mais on se contentera d’un scénario dont les ressorts principaux ont tendance à vite s’émousser tandis la construction dramatique ne perd jamais ce petit air de déjà vu. Accomplissement personnel d’un rookie prometteur mais muselé, guerre entre services, paranoïa et théorie du complot sont au centre de ce morceau de thriller qui doit essentiellement à son traitement de l’action, car ce qu’il raconte sur la corruption au sein de la CIA, c’est là aussi du déjà vu des centaines de fois. Mais ça tient la route. Passé le manque d’originalité général, passées quelques facilités scénaristiques un peu gênantes pour aider le héros, passées des séquences émotion parfois ridicules, on se prend au jeu. Daniel Espinosa maîtrise parfaitement sa narration, le jeu entre le terrain de l’action et la salle de contrôle de la CIA, l’enchaînement de ses séquences. Sécurité rapprochée est la preuve que cette recette fonctionne toujours quand elle est bien exécutée, tout comme il l’avait fait sur Easy Money avec le film de gangster. Bien sur le risque est de livrer un film aussi vite vu aussi vite oublié, et c’est un peu le problème ici, mais le plaisir immédiat est bien présent, d’autant plus qu’une poignée de scènes sont carrément impressionnantes.

Daniel Espinosa sait gérer son espace et utiliser la topographie des lieux de l’action. Ainsi, ce qui ressemble parfois à une production Silver ou Bruckheimer des 90’s, avec explosions à gogo et profusion de décors exotiques, échanges de balles sévères et vision de la Défense étriquée, n’en reste pas moins un modèle de construction et de découpage. Sur les 1h30 d’un récit ramassé, on trouve quatre à cinq séquences d’action vraiment spectaculaires. Entre une poursuite urbaine en bagnole éreintante et interminable, une autre à pied à travers la township de Langa (comme un écho de la séquence de la favela de Bad Boys II / Police Story mais à l’horizontale) ou toute la pression qui émerge de la scène d’évasion au Green Point Stadium, Daniel Espinosa sait ce qu’il a à faire et le fait bien. Sécurité rapprochée, film hybride venu d’une autre époque, situé quelque part entre la brutalité noire de Narc, le budy movie type Shane Black, l’humour en moins, l’actioner ludique et le thriller stylisé à la Tony Scott, assure un spectacle très haut de gamme à défaut de marquer durablement les esprits. C’est que le film a de la gueule, même si parfois l’héritage « Greengrassien » du directeur de la photographie Oliver Wood se fait trop sentir, avec son grain très prononcé, sa surexposition, ses couleurs vives et ses contrastes appuyés. Là encore on est entre la noirceur de Narc et le style over the top de Man on Fire, avec une identité graphique marquée qui vient clairement du background de photographe du réalisateur, toujours à la recherche de la belle image y compris dans la violence brute. Côté casting c’est sans grande surprise si ce n’est un Ryan Reynolds nettement moins mauvais que dans les 3/4 de ses films, il y est même plutôt bon. Tan dis que Denzel Washington reste dans sa composition habituelle de ces 10 dernières années (celle de chez Tony Scott donc) et que le reste de ce beau casting donne ses lettres de noblesse à une série B qui ne révolutionne rien mais s’avère suffisamment efficace en terme d’action et burnée dans sa violence pour s’ imposer comme une récréation des plus plaisantes.

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